Entretien avec le Dr Bernard Hayot, chirurgien ophtalmologiste spécialisé en médecine esthétique
Quelle est, selon vous, la plus grande avancée en médecine esthétique ?
Il n’y a pas si longtemps, on pensait encore que le vieillissement était un effet du relâchement de la peau. Aujourd’hui, et c’est révolutionnaire, on a enfin compris que le ramollissement des tissus est essentiellement du à la fonte des graisses du visage. A partir de ce diagnostic, on traite beaucoup mieux le problème puisqu’on s’attache à restaurer les volumes plutôt qu’à tendre la peau.
De quelle façon ?
Les mots clefs, en l’occurrence, sont ceux d’acide hyaluronique. Un produit de complément qui a les propriétés les plus proches de la graisse. Hydrophile, il absorbe l’eau et présente, au toucher, la même consistance que la graisse. Au départ, on l’utilisait pour combler les rides, désormais on l’utilise pour tout le visage.
Sur quelle partie du visage est-il recommandé d’intervenir ?
Un peu partout selon les besoins. Mais comme toujours, en médecine esthétique, on observe des constantes en fonction de l’âge du patient. Sauf exception, le vieillissement emprunte toujours les mêmes chemins. Les signes de l’âge survenant cependant plus ou moins tôt en fonction des natures de peau.
Comment décomposeriez vous les signes de vieillissement ?
A trente ans, la pommette et le sillon nasogénien ont tendance à se creuser. Les cernes –également effet du creusement- font leur apparition. Entre quarante et cinquante ans, c’est le menton qui se relâche et le début des bajoues. En outre, le visage fond au niveau de la tempe et, de ce fait, la queue du sourcil chute. Le regard paraît donc plus fatigué car légèrement tombant.
Y’a-t-il des facteurs aggravants ?
Oui, principalement la perte de poids. Une femme qui perd 15 kilos à cinquante ans va prendre 10 ans de plus sur le visage. Coco Chanel disait « à partir d’un certain âge, il faut choisir entre ses fesses ou son visage ». Disons que l’acide hyaluronique est une façon de ne plus avoir à affronter ce dilemme. Ses effets permettent d’avoir la mine d’une femme ronde, sans en avoir la silhouette. Ce n’est pas pour rien qu’on parle de « plénitude » de la jeunesse. Un visage jeune est un visage plein.
Quelles sont les méthodes d’un bon praticien pour injecter ce produit ?
Il arrive assez souvent que je demande à ma patiente d’amener une photo d’elle jeune fille. C’est alors que je vois quelles sont les régions de son visage qui ont fondu. Selon moi, pour arriver à un résultat naturel, il est essentiel de reconstituer ce qui était préexistant, de faire du sur mesure. Si l’acide hyaluronique se voit, c’est raté. Quand on ne le décèle pas, en revanche, le résultat est tout simplement sublime. Or, en respectant la morphologie, on rend le traitement indécelable.
A quelle fréquence doit-on intervenir ?
Ce produit étant biodégradable et résorbable, je recommande une visite chez son praticien environ tous les ans. En une seule visite, on peut traiter à la fois les cernes, les pommettes et les bajoues. Chez certaines patientes, les effets du produit durent jusqu’à 18 mois si l’on injecte profondément. A part ça, il n’y a pas d’âge pour commencer. Plus la patiente intervient tôt –vers trente ans généralement-, plus les modifications passent inaperçues dans son entourage et meilleure est l’action préventive. Bien tenus, les tissus n’ont pas le temps de se rider.
Les cernes, une fois comblés, perdent-ils de leur couleur bleuté ?
En partie, oui. La fonte des graisses laisse apparaître l’os et les vaisseaux, créant des ombres et la couleur bleue. Injecter de l’acide hyaluronique permet d’estomper cet effet.
Quel est le coût d’une séance d’acide hyaluronique ?
En fonction des nécessités, il faut compter entre 400 et 1000 euros.
Mettre de la graisse dans le visage est, dit-on, une intervention aux effets comparables mais pérenne, pourquoi, dans ce cas, opter pour l’acide hyaluronique qu’on doit réinjecter chaque année ?
Pour plusieurs raisons. D’une part, la biodégradabilité du produit vous protège des imperfections. Si le résultat –mal pratiqué par un spécialiste- ne vous plait pas, il vous suffit de patienter pour retrouver vos volumes initiaux au contraire de la graisse, qui, une fois placée, reste à demeure. D’autre part parce que l’injection d’acide hyaluronique, contrairement à la graisse, ne nécessite aucune anesthésie. Après intervention, on ressort du cabinet immédiatement « regonflée », sans aucune trace sur le visage. La graisse, elle, nécessite une opération ainsi qu’une désocialisation d’une semaine minimum. Je ne le recommande que si on doit subir une autre opération simultanément, sinon, c’est mettre son corps à rude épreuve. Enfin, il y a le coût... nettement supérieur en ce qui concerne la graisse.
Que vous demandent la plupart de vos patientes ?
Elles me demandent un diagnostic général et un rajeunissement en douceur pour un résultat immédiat. En général, donc, j’opte pour du botox dans la partie haute du visage et de l’acide hyaluronique dans la partie basse. Si j’injecte de l’acide hyaluronique dans les sillons nasogéniens, je traite systématiquement la pommette. Pourquoi ? Parce que une pommette haute, c’est l’assurance de tissus qui ne s’affaissent pas vers le bas, autour de la bouche. Grâce à ces techniques, il n’est plus rare qu’une femme de quarante ans paraisse en avoir trente.
Propos recueillis par Anaïs F.















