Plus tard, le Moyen-Age occidental allait privilégier les formes fermes et menues alors qu’en Chine, les femmes s’efforçaient d’effacer toute marque de féminité. Si la mode est désormais dictée par les médias et le show-biz, sous l’Ancien Régime, les seins se pliaient à la dictature de la cour. Martin Monestier, dans son «Encyclopédie historique et bizarre des gorges, mamelles, poitrines, pis et autres tétons», explique que Louis XIII, qui avait une sainte horreur des seins, demandait spécialement à ses invitées de se couvrir la gorge. Ce n’est qu’après le mariage de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse d’Autriche en 1660 que les décolletés regrimpent dans l’estime de la classe dominante, grâce à la venue à la cour des dames espagnoles.
«Par de pareils objets, les âmes sont blessées et cela fait venir de coupables pensées.» Se moquant de la pudibonderie, Molière portait une grande admiration à ces fruits défendus, à une époque où des charlatans développaient des recettes pour que ces dames obtiennent des seins petits, fermes et ronds.
L’arrivée en puissance du libertinage et des décolletés aguicheurs au XVIIIe siècle inversera à nouveau la tendance en faisant triompher les gorges pulpeuses. Comme l‘écrivait un chroniqueur de l‘époque, au goût des «pommes verdelettes» succède le «fruit lourd».
Les poitrines protubérantes s’exposent alors, un coussinet s‘étant ajouté au corset, afin d’imiter les seins de Marie-Antoinette. Et puis les goûts diffèrent à nouveau lorsque la Révolution proscrit le corps balainé et corseté, symbole de l’aristocratie.
La façon de porter son décolleté variera ensuite au gré des événements sociaux, économiques et militaires que subiront les pays européens. On assiste à une véritable «explosion» des seins dès 1905, accompagné par un corps de plus en plus dénudé. Mais il faudra attendre la période de l’après-guerre pour que la femme commence à se libérer. Après la mode garçonne des années vingt, les seins se redressent peu à peu dans les années 30 et deviennent pleins, hauts et lourds grâce à l’image de la pin-up popularisée par les calendriers américains. Un modèle pas vraiment facile à copier: «Le championnat de tour de poitrine, c’est une épreuve épuisante», disait Sophia Loren.
On prétend que Marilyn Monroe, fière de ses mensurations, avait même souhaité que son 97-62-92 de 1955 soit inscrit sur sa tombe. La silhouette «contrebasse», sera démodée dans les années 1960 par la silhouette androgyne du mannequin Twiggy.
Suivra la révolution seins libres de mai 68 et la mode érotico-sensuelle des années 80 servie par l’arrivée en puissance de Pamela Anderson et l‘émergence des Wonderbra.
La dictature du sein en demi-pamplemousse qu’on perçoit aujourd’hui semble donc s’inscrire dans la suite logique des événements. Comme le démontrait dans les années 1990 le sociologue Jean-Claude Kaufmann, les trois critères d‘évaluation définissant la place du sein dans la hiérarchie du beau sont le volume, la fermeté et la hauteur. Si l’appréciation du volume varie d’une personne à l’autre, il est généralement admis qu’un sein ferme et haut est beau par définition.
La tendance pulpeuse actuelle que représentent, entre autre, Laetitia Casta, Heidi Klum ou Giselle Bundchen relayée par une icône du cinéma telle Monica Bellucci doit donc être regardée avec recul : une mode parmi d’autres…
Petite histoire de la poitrine
La taille de la poitrine parfaite, loin de suivre une courbe ascendante, dessine des vallons sur le tableau des modes et des goûts masculins au fil du temps. Dans l’Antiquité, si les femmes grecques cultivaient des seins plats et musclés, en Inde, la poitrine lourde et exubérante était considérée comme un trésor des plus précieux de la beauté.
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